A trois jours de la journée nationale de mobilisation de jeudi, Christian Mahieux, porte-parole de SUD-Rail et secrétaire national de SUD, l'enfant terrible du syndicalisme français, s'explique sur les objectifs de cette organisation dont le militant le plus connu a pour nom… Olivier Besancenot.
Vendredi soir, des passagers bloqués gare Saint-Lazare s'en sont pris à des cheminots. Vous comprenez l'exaspération des usagers ?
Christian Mahieux. Oui. Je prends le train tous les jours. Je subis les retards chroniques, les trains supprimés. Vendredi, le problème est venu de ce que la SNCF appelle pudiquement un « incident de personne », mais les usagers ont fait l'amalgame avec les grèves. D'où les invectives, et un peu plus, à l'encontre des cheminots.
C'est la conséquence de la campagne menée par la SNCF contre les syndicats. La direction monte les voyageurs contre les cheminots. C'est irresponsable !
Vous utilisez des méthodes comme les mini-grèves de 59 minutes qui empêchent le service minimum de fonctionner. Le ministre du Travail, Brice Hortefeux, veut donc revoir le dispositif. Etes-vous prêt à en discuter ?
Si c'est pour nous demander d'accepterde nouveaux reculs des droits dessalariés, c'est non ! Il n'est pas questionde revenir sur le droit de grève.Quant au droit de retrait invoqué parles cheminots après l'agression d'unconducteur sur le réseau Saint-Lazare,la SNCF a déjà reçu plusieurssyndicats pour en parler. Sauf nous.
On dit partout que le problème vient de SUD-Rail et on refuse de nous recevoir.
C'est un choix politique.On ne résoudra pas les conditions de transport en banlieue parisienne en traitant le problème à travers le seul prisme des grèves. La situation est catastrophique toute l'année et pas seulement les jours de grève.
Nicolas Sarkozy a traité SUD-Rail d'organisation « irresponsable ». C'est presque une reconnaissance officielle…
On n'a pas besoin de Sarkozy pour savoir ce qu'on représente. Ses propos sont en décalage complet avec la grève au dépôt de Saint-Lazare. Il s'agit d'une exploitation politicarde, d'une attaque inacceptable contre SUD-Rail et, au-delà, contre le syndicalisme que nous pratiquons. Que Sarkozy n'aime pas SUD, on s'en fout, mais qu'il décerne des bons et des mauvais points aux différents types de syndicalisme, je trouve ça grave.
SUD est-il un syndicat révolutionnaire ?
On se revendique d'un syndicalisme de lutte des classes. Mais si votre question, c'est de savoir s'il y a des liens organiques entre les syndicats SUD et l'extrême gauche, la réponse est non.
Nous avons chez nous des adhérents de sensibilités diverses : trotskistes, libertaires, socialistes, communistes et d'autres qui ne sont pas militants politiques. Contrairement à ce qu'on tente de faire croire, il y a plus de diversité politique chez les animateurs des syndicats SUD que chez les responsables confédéraux de la CGT et de la CFDT chacun dans leur genre.
Comment analysez-vous la situation sociale aujourd'hui en France ?
Les tensions sont de plus en plus fortes chez les salariés du public comme du privé. Je pense donc que la grève du 29 janvier sera une journée puissante de grèves et de manifestations.
Nous regrettons chez SUD qu'il n'y ait pas eu un appel plus clair à une grève générale interprofessionnelle.
Une réunion intersyndicale est prévue au niveau national le 2 février, nous y serons porteurs d'une volonté de donner un véritable débouché au 29 janvier.
Car la journée de jeudi n'est qu'une étape. La crise actuelle du capitalisme rend d'autant plus urgente la construction d'un mouvement social de très grande ampleur. Nous y travaillons.